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Interventi · 27 août 2026

LETTRE À UN CURÉ

Sur l’obéissance au Pape


Carlo Maria Viganò

LETTRE  À  UN  CURÉ

À Son Excellence Révérendissime

Monseigneur Carlo Maria Viganò, archevêque.

Je suis un prêtre de 70 ans du diocèse de... J’ai écouté votre appel poignant et souffrant au Pape. Je n’ai pas de difficulté à imaginer vos souffrances, que je partage en partie – si « licet magna componere parvis ». Je partage vos préoccupations pour cette Église postconciliaire dans laquelle fleurissent néanmoins de continuels exemples de sainteté.

Permettez-moi de vous dire avec respect filial et franchise que le point faible de votre position, qui vous a coûté une sanction très grave que vous estimez illégitime, est le refus du dernier Concile (un Concile qui a pour protagonistes des Papes saints et l’épiscopat le plus nombreux de l’histoire des conciles) et la confusion entre Concile et post-concile. Il me semble que des dérives postconciliaires, vous déduisez votre refus ou votre non-acceptation du Concile lui-même en tant que tel, c’est-à-dire en tant qu’événement ecclésial guidé et certifié par l’Esprit Saint dans son essence doctrinale. Au nom de la Tradition, non seulement vous critiquez, mais vous refusez l’autorité magistérielle du Concile et celle du Pape « en chair et en os ».

Il n’est pas nécessaire que je vous rappelle que la continuité de la Tradition, par la volonté du Seigneur, repose sur cette instance visible, sur ce roc qu’est la foi de Pierre (malgré les limites humaines de Pierre) et de ses successeurs (malgré leurs limites humaines souvent éclatantes) et non sur un Pape fantomatique et idéal, peut-être en se référant aux Papes du passé. Qui juge en dernière instance de la fidélité à la Tradition ? Au nom de la Tradition, peut-on refuser dans les faits, en matière doctrinale, le garant de la Tradition ? Et qui représente cette garantie ultime et suprême si ce n’est le Pape et le concile avec le Pape ?

Avec la prière de continuer le bon combat pour la fidélité et la sainteté de l’Église, mais de revenir sur une position inspirée par un faux ange de lumière, que seule l’humilité peut vaincre, je vous adresse mon salut filial avec des vœux sincères,

Votre en Christ, prêtre ...

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Révérend Abbé...,

J’ai lu avec attention et avec un sincère respect votre lettre, en y saisissant le ton accablé de celui qui a passé sa vie au service de l’autel et porte dans son cœur la sollicitude pour le sort de l’Église. Je comprends votre appel à la communion et la préoccupation pour une fracture qui déchire le Corps Mystique, mais en vertu même de nos années de ministère et de la gravité de l’heure présente, je souhaite vous répondre avec la même franchise et avec la lumière de la vérité objective.

Vous m’exhortez à distinguer entre le Concile et le post-concile, en imputant à ce dernier les dérives que nous constatons tous, tandis que vous attribueriez au Vatican II une sorte d’immunité doctrinale en tant qu’événement guidé par l’Esprit Saint et ratifié par des « Papes saints ». C’est ici, Révérend Père, que réside le nœud crucial et l’illusion dont nous devons nous garder : je vous le rappelle ici, bien que je me sois déjà exprimé à de nombreuses reprises précisément sur ce sujet.

Ma position — qui ne naît pas d’un caprice personnel, mais de la fidélité à la Foi professée de l’Église de toujours — ne confond pas le Concile avec ses conséquences, mais identifie dans le Concile lui-même l’origine et la cause première de ces dérives. Vatican II n’a pas été un concile dogmatique, mais pastoral. Pourtant, sous l’apparence d’un « aggiornamento » inoffensif, il a introduit des principes ambigus, voire ouvertement hétérodoxes — que l’on pense à Dignitatis Humanæ sur la liberté religieuse, à Nostra Ætate sur le dialogue interreligieux, à Lumen Gentium sur la nouvelle ecclésiologie ou à Gaudium et Spes avec son humanisme anthropocentrique — qui ont subverti le dogme catholique. Le Concile Vatican II a été un événement révolutionnaire !

Prétendre sauver le Concile en condamnant le post-concile revient à vouloir couper les fruits empoisonnés d’un arbre en refusant d’admettre que c’est la graine qui est empoisonnée. Un bon arbre ne peut pas produire de mauvais fruits ; et la crise sans précédent que nous vivons, la dissolution de la Liturgie, la sécularisation du clergé et l’apostasie désormais non plus silencieuse mais institutionnalisée, ne sont que le développement logique et cohérent de ces prémisses conciliaires.

Vous m’interrogez sur le principe d’autorité : « Qui juge en dernière instance de la fidélité à la Tradition ? Qui représente cette garantie ultime et suprême si ce n’est le Pape et le concile avec le Pape ? »

C’est l’objection centrale, mais elle se fonde sur une équivoque ecclésiologique que la crise actuelle a rendu évident. La Tradition apostolique n’est pas un dépôt muable qui dépend du Pape « en chair et en os » de ce moment historique. Au contraire, le Pape et toute la Hiérarchie sont liés, légitimés et jugés par la Tradition. Comme l’enseignait saint Vincent de Lérins, est catholique ce qui a été cru partout, toujours et par tous. Lorsque celui qui siège sur le Siège de Pierre utilise l’autorité reçue non pas pour confirmer ses frères dans la Foi, mais pour la démanteler, en promouvant le relativisme doctrinal, le synodalisme destructeur, le globalisme et son agenda infernal, il se place de lui-même dans une condition de contradiction stridente avec le Mandat pétrinien.

Je n’invoque pas « un Pape fantomatique et idéal », ni ne me réfugie dans un passé abstrait ; je reconnais la réalité objective d’une autorité ecclésiastique qui, infectée par le libéralisme et le modernisme, exerce un pouvoir tyrannique contre la fin même pour laquelle elle a été instituée. La résistance filiale aux ordres illicites n’est pas une rébellion, mais l’acte suprême de fidélité à l’Église et à Notre Seigneur Lui-même. Quand à Antioche saint Paul résista in faciem à saint Pierre, parce que celui-ci ne marchait pas droitement selon la vérité de l’Évangile, n’exerçait-il pas une résistance filiale face au Chef visible de l’Église ?

Vous me mettez en garde contre le fait de céder à un « faux ange de lumière ». Croyez-moi, cher Père... : le faux ange de lumière aujourd’hui n’est pas celui qui dénonce la trahison de la Foi au nom de la Tradition immuable, mais celui qui prétend imposer aux fidèles l’acceptation d’une « nouvelle église » conciliaire et synodale, qui a changé le Credo, changé la Morale, changé la Messe, changé les Sacrements, vidé les séminaires et les monastères, en prétendant que tout cela se déroule sous la conduite de l’Esprit Saint.

Permettez-moi de conclure cette lettre par une invitation fraternelle, que je prie et espère que vous voudrez bien écouter. La vraie réponse aux nombreuses questions que moi aussi – comme vous et beaucoup d’autres – je me suis posées, n’est pas venue d’abstraites élucubrations, mais du fait d’être revenu célébrer le Saint Sacrifice de la Messe, la Messe Catholique, celle de toujours, dans laquelle j’ai été ordonné sacerdos in æternum. Cela a été – pour ainsi dire – l’éblouissement sur le chemin de Damas. Il n’y a pas de prêtre qui reste impassible, car c’est sur le Calvaire que se consomme ce Sacrifice, non dans le Cénacle ou à Cana...

Si seulement vous le faisiez vous aussi, mes arguments ne vous seraient pas nécessaires : vous sentiriez se réveiller dans vos entrailles et refluer dans vos veines ce Sacerdoce que quelqu’un a délibérément narcotisé, en laissant les dépouilles extérieures juste pour ne pas vous sortir de la torpeur. Mais si porter le Très Saint Sacrement dans les rues de votre ville — comme vous l’avez fait pendant le confinement et la scandaleuse fermeture des églises imposée par l’Autorité ecclésiastique pendant la farse pandémique — a certainement montré votre zèle pour les âmes que le Seigneur vous a confiées ; revenir à la Messe que le Concile a de fait bannie de l’Église pourra restituer ce même zèle à votre âme, qui est une âme sacerdotale, c’est-à-dire vouée à l’offrande de soi dans l’offrande de la Victime pure, sainte et immaculée. Faites l’« expérience » — comme aiment à le dire les modernistes — de la Messe tridentine, et le rite de Montini apparaîtra dans sa désolante laideur calviniste, portant la marque de celui qui l’a promulgué.

Je vous prie d’unir votre prière à la mienne, non pour que je revienne sur un combat qui est la seule raison d’être de nos années de Sacerdoce, mais afin que Notre Seigneur accorde à tous deux la grâce de rester fermes sous la Croix, gardiens intègres de ce Sacrifice et de cette Foi que nos pères nous ont transmis et que personne n’a le droit de nous retirer.

Avec ma Bénédiction et un salut fraternel dans le Christ Roi,

+ Carlo Maria Viganò, Archevêque

Viterbe, 27 Août 2026 S. Josephi Calasanctii Confessoris

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